samedi 8 décembre 2012

Le chant de mon oud



South Hall Joseph Edward
Sauras-tu écouter,
Sur le fil tendu éperdu des heures,
Mon oud fêlé, qui pour toi,
S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?
Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant
En courbes, le sang fatigué,
Pourtant, tant enchanté de mon attente,
De mon inextinguible soif
Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées
Et aux galbes dressés de tes seins parfumés
Par tant de désir retenu, détenu
Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !
Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?
Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,
Qui en nous, qui par nous, qui pour nous
Se font chair,
Se font voix,
De nos chairs,
De nos voix,
Voix de nos chairs,
Chairs de nos voix
Et renaissent à leur quintessence,
Sans peines ni souffrances,
De fontaine t’attendant, en stances
Se tendant, s’étendant
En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs
S’offrant aux feux de tes lèvres,
A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,
Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs
Si lactés convolant en justes notes égarées
Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées
Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,
En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs
De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur
Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,
En fusions enivrées de danseurs !
Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes
Tes furtifs sourires d’apeurée
Pour les faire planer
Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !
Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres
Qui veulent étouffer les chaudes braises
De ton corps qui brûle dans cette geôle
Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !
Ecoute-le, mon oud, mon cœur,
Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :
« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées
Qui méritent leur chemin de volupté,
Pour laisser fleurir, à jamais, l’or
De ce splendide bonheur,
Le sublime droit d’aimer ! »


© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"


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10 commentaires:

  1. Le son du Oud... c'est juste comme sonorité pour vos mots. Vous êtes prolifique et ce n'est jamais pour autant de moindre qualité. Les sons épicés. De toute beauté.

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  2. La Rouge,merci pour ces si gentils mots.

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  3. Tu crées un cataclysme musical, Mokhtar, en faisant baigner le Oud (luth)dans la poèsie! Quand j'entends le Oud, joué par des maestros à l'image de ton compatriote tunisien, le grand Ali Sriti ou la belle "princesse" tunisienne, la magicienne du Oud,Yousra Dahbi,je suis enflammé, envouté!
    Oui Mokhtar, comme cité dans ton poème: "De ce splendide bonheur,le sublime droit d'aimer!"

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  4. Bizak, l'oud est consubstantiel à la poésie.

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  5. @Pierre Boyer
    Je suis ravi que ça vous plaise.

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  6. Magnifique ce nouveau poème... De plus j'adore le son de l'Oud, je lui trouve une suavité particulière...
    Se font chair,
    Se font voix,
    De nos chairs,
    De nos voix,
    Voix de nos chairs,
    Chairs de nos voix

    Ce petit passage me donne des frissons...

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    1. A moi aussi, il m'en a donné des frissons tout vibrationnels-ceux du oud, certainement- ce poème, quand je l'écrivais.

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  7. ode à l'oud
    ode à vos mots
    à ses sons
    à vos sons
    à ses airs
    à vos airs
    et autres respirations

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    1. J'aime beaucoup votre réaction si poétiquement euphonique.Merci de ce précieux présent.

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