dimanche 19 novembre 2017

LIBERTE

Nulle plainte,
Nul regret,
Si c’est pour toi
Que je meurs
Liberté.
Nul regret,
Nulle plainte,
Tu es le seul chemin du bonheur.
Si l’on meurt pour toi,
La mort n’est plus un malheur
Et tant qu’on vivra par toi,
La vie ne sera plus un leurre.
Liberté
Sans toi, la mort,
Sans toi, la vie
Ne seraient plus qu’erreurs.

©Mokhtar El Amraoui in « Arpèges sur les ailes de mes ans »

vendredi 17 novembre 2017

LE LIVRE


Illustration du Net


Qu'il soit celui des morts
Ou celui des vivants,
Le livre t'ouvre ses immenses ailes au firmament!
Il t'invite au voyage,
De port en port,
De page en plage,
De plage en page,
De ville en village,
De visages en paysages
Et ne te laisse jamais livré à ton triste sort!
Il a tellement de secrets à te confier, avant ta mort,
Qu'il te rendra, pour l'accepter, bien plus fort!
C'est dans l'océan de ses mots
Qu'il te convie à renouveler ta peau,
A surmonter tes peines et tes maux,
A alléger tous tes fardeaux!
Dense, le livre te fait frémir,
Danser, pleurer et rire.
De l'Homme, il te révèle le meilleur, tout comme le pire,
Ce qui l'égaie et ce qui le fait souffrir!
Si tu veux, tout cela, découvrir,
Je te conseille, ami(e), de lire!

© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs"

mercredi 15 novembre 2017

LE CHANT DE MON OUD

Tableau de South Hall Joseph Edward
Sauras-tu écouter,
Sur le fil tendu éperdu des heures,
Mon oud fêlé, qui pour toi,
S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?
Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant
En courbes, le sang fatigué,
Pourtant, tant enchanté de mon attente,
De mon inextinguible soif
Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées
Et aux galbes dressés de tes seins parfumés
Par tant de désir retenu, détenu
Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !
Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?
Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,
Qui en nous, qui par nous, qui pour nous
Se font chair,
Se font voix,
De nos chairs,
De nos voix,
Voix de nos chairs,
Chairs de nos voix
Et renaissent à leur quintessence,
Sans peines ni souffrances,
De fontaine t’attendant, en stances
Se tendant, s’étendant
En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs
S’offrant aux feux de tes lèvres,
A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,
Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs
Si lactés convolant en justes notes égarées
Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées
Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,
En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs
De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur
Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,
En fusions enivrées de danseurs !
Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes
Tes furtifs sourires d’apeurée
Pour les faire planer
Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !
Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres
Qui veulent étouffer les chaudes braises
De ton corps qui brûle dans cette geôle
Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !
Ecoute-le, mon oud, mon cœur,
Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :
« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées
Qui méritent leur chemin de volupté,
Pour laisser fleurir, à jamais, l’or
De ce splendide bonheur,
Le sublime droit d’aimer ! »
© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 
 

dimanche 12 novembre 2017

Rencontre

Simafra Prosperi


Je te rencontrerai,
A l’heure où les gosiers ailés
Boivent dans le roulis lunaire,
Quand les cils enflammés
Retournent au port,
Hissant fièrement
Le pavillon de leurs veines.
Je t’attendrai,
Dans les bras perdus de mon ivresse
Qui danse,
Le cou lourd
Des colliers de jasmin nocturne !
Je te reconnaîtrai, sans peine !
Tu auras le même grain sur le front.
J’y cueillerai des brassées de chaudes perles
Aux arômes souriants !
J’en sertirai ce tapis de corail
Mon coeur
Que ton impatience d’hirondelle,
En le volant,
A brûlé !
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ailes"

mercredi 8 novembre 2017

Tes yeux de rose

 d'après René Magritte
(trouvé sur le Net)


Je t’ai sculptée comme un matin de silex, 
Dans les paumes sans étoiles de mes nuits !
Je t’ai clamée comme un doux chant fleuri 
Offert si beau à la joie de nos oiseaux
Qui reviennent nicher, là-haut en choeur,
Au creux de nos coeurs
Pour rechanter l’heure
Heureuse de leur premier envol.
Je m’immolerai au feu de leurs rêves,
Aux cieux de leurs plumages éblouis
Par les rayons de tes lunes endormies,
Pour te danser ton éclosion de reine
Ivre du miel de tes timides silences
Aux yeux de roses qui embaument
D’azurs et de fièvres aux chemins étourdis !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

vendredi 3 novembre 2017

Endormi dans le poème

Au grand poète tunisien Houcine Kahouaji
                                                                       16 novembre 1959- 3 octobre 2017

Portrait réalisé par Abdellatif Romdhani
Il s'en alla sans se retourner,
Avec la radieuse cendre
Des feuilles de ses souvenirs
Et la fumée de la rose
Qu'elle lui avait offerte
Inondée du parfum de ses sourires,
Le matin de son dernier soupir.
Il s'en alla sans flûte
Ni guitare ni luth,
Sans gémir.
Il avait pour compagnons
Le léger silence de ses pas,
L'herbe et le ciel croissant dans ses bras
Noyant ses ombres
Et tous les invincibles chants
De ses invisibles oiseaux
Qui dansaient sur ses musiques.
Il s'envola, bercé
Tout doucement,
Tout lentement,
Tout tendrement
Par le vent,
Endormi dans le poème
De son éternel rire !
© Mokhtar El Amraoui, Le 3 novembre 2017

La symphonie errante

Dessin rupestre à Tadrart 


Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sphères
Dans les dilatations de l’exil,
L’ombre ivre de ma soif
Dans la sècheresse de l’arôme somnambule.
Je cherche mes imprécations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet éveil cinglant
Erection du soleil
A la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le râle éclaté
De mes vertèbres lyres en délire,
S’étouffant de leurs notes déportées,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l’inatteignable voyage
De ce papillon qui s’éreinte
En poursuites trébuchantes,
Au-delà de ses rêves brisés !
Je rêve de comètes,
D’astres flamboyants,
De méduses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je rêve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t’invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
Ô muse de mon départ !
Astre scintillant
Sur les lèvres ouvertes des vagues !
Il n’y a plus de toits !
Pluie d’encens rouge
Sur tes seins embaumés
Dans le linceul de l’extase des rencontres crépusculaires !
Viens de mes reviens fatigués !
Je te prêterai les ailes immaculées
De mes Icare exilés.
Je te montrerai
L’axe de l’impact pluriel,
L’agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d’erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette forêt éclatée !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l’aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous écrirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangulés !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !
Reviens
Au commun des immortelles mésanges assoiffées.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te mènera
Jusqu’à mon perchoir d’exilé !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mercredi 1 novembre 2017

Co-errance


Co-errance vers nulle part,
Loin des extases ensevelies.
Avec pour théorie
Cette mèche de barde épileptique
Qui se mure,
Dans les miroirs gris de l’absence.
Ma théorie
C’est tes seins, aquagenèse du râle debout.
Ma théorie
La rencontre de nos absences,
Dans les cerceaux enflammés
De nos rites de mésanges.
Ma théorie
C’est ta pratique
Dans tes printemps de coquelicot.
Je bouge mes glacis, mes ténèbres
Et tue mes ombres pendues
Dans les caveaux de leurs pendules imbéciles !
Ma théorie
C’est ta pratique,
Quand tu recouvres tes aspérités
De rose et d’ouragan,
C’est tes cheveux bourrés d’astres
Jusqu’à l’étouffement,
Jusqu’à l’accouchement.
C’est tes prairies galopantes,
C’est ta soif qui s’allume,
Réverbères ivres
Dans les rues de ma perte,
Dispersions,
Hémorragies
Dans l’extériorité de tes aspérités oméga,
Enfants redessinant les tapis de leurs vengeances,
Symphonie du délire montant,
Syllabes de comètes échevelées,
Errance de bardes,
Co-errance d’Achiqs* aux mèches crépusculaires.
*Amoureux, en arabe



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 31 octobre 2017

Ailes de fantômes

Agnès Courrault


Comment encore la dire, elle,
L’absente lettre
Où dansent les lèvres
Des mots suspendus
A tes yeux sonores ?
Ils culbutent ma transe.

Un silex, oui, de déroute,
C’est-à-dire de retrouvailles !
Je n’attendais de toi
Que cette main tendue
Regardée en nos éveils !
Ton hier, quand tu étais vêtue d’étoiles vertes.
Tes yeux me rêvaient, dans mon silence,
Comme des feuilles de citronnier
L’or d’un ciel visage
Te disant sur le rivage d’autres quais.
Cri de précipices !

Tu rends hommage à l’hirondelle
Qui t’a poinçonné le sein en masques d’adieux.

Prendre juste un mot
Puis descendre, avec, dans le puits
De chaque lettre et venir
A l’ombre de ses fugues,
Tes fulgurances !
Les sourires de ton regard,
Quand tu m’aimes, mort bleue !
Comme le rire de cette impossibilité,
Note-distance calculée en caresses,
Chaussée de souvenirs
Et ailes de fantômes !


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»


samedi 28 octobre 2017

J'écris

Tableau de Paul Abbott
 
 
J'écris avec le râle de ma valise
Remplie d'algues et de corail.
J’écris avec l’encre de mon ombre,
Affiche de mes nuits.
J’écris une langue comète
Aux rides assoiffées.
J’écris les nymphes
Caressant mes pieds d’étranger,
La spirale verte
De ma titubante amnésie.
J’écris avec les baves de l’éclair,
Cette déchirure du texte sans étoiles,
L’envol mousseux du triangle,
Le rat aux griffes de chat
Qui interroge les égouts,
Ruisseaux coulant des masques
De nos morts inavouées,
Peaux froides de cadavres froissés
Comme ces paquets de frileuses raisons
Que tu inocules à ton enfant, en toutes saisons
Comme ces chimères que tu caresses
Dans tes ronflements de cube tamisé,
Quand tes oreilles de cire
Fondent dans la cire noire
Des phonos de la peur,
Perte d’extension,
Tubes aux arômes de plastique
Puant dans la crème
De ce four ébouriffé
Où tu éjacules ta peur cravatée !
J’écris avec ce rat qui mâche des étoiles
Et téléphone aux muses
Avec ce croissant-gondole !
J’écris avec ses numéros épileptiques,
Ecumes rouges
Léchant la flamme du bateau
Qui ne reviendra plus !
J’écris, sans ancre,
Avec ma valise qui vole
Comme cette symphonie nerveuse des mouettes !
Poisson d’eau douce,
Sirote ta mort !
Le rat et moi,
Nous peignons,
Sur les écailles jaunes du trottoir,
Des transes d’éclairs
Trop chauds pour les gorges des fourmis !
Dors, mort inavouée !
Le rat et moi,
On a bu le poème !
 
 
 
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"
Tableau de Paul Abbott

mercredi 25 octobre 2017

Hommage au lit




Le lit est plus qu’un poème. 
C’est un recueil où l’on cueille 
Tant de rêves, tant de sève 
Où, enfin, l’on se recueille 
Pour se dire que l’on s’aime! 
C’est un transport de trêve 
Où tous les printemps se sèment, 
Bien loin des vindictes des glaives! 
Après des heures de débats houleux, 
C’est la houle des ébats amoureux! 
C’est le haut lieu, le pieu de la prise de pied 
Des plus jeunes aux plus vieux! 
Il s’ouvre en cieux radieux et pluvieux; 
Il n’est jamais ennuyeux! 
On y vit et voit toutes les saisons. 
S’y marient raison et déraison! 
C’est le vrai trône dans toutes les maisons!
© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»
Illustration du net

samedi 21 octobre 2017

A Rimbaud

A Rimbaud
né le 20 octobre 1854 à Charleville et mort le 10 novembre 1891 à Marseille




Arthur,
Blanc Abyssinien,
Tes voyelles étouffant de lumière,
Embrasent ma solitude
Et éclairent ma tristesse
Qui râle sous le poids muet des mots inutiles.
Tu m’offris la couleur
Et rendis aux étoiles leur sève juvénile.
Inchoative ivresse
Créant l’univers
De mystères,
De questions nues.
Tu me reviens, ramage de baobab,
En transes de cithare,
Sur les flots scintillants de l’Oued Joumine !
Arthur,
Jeune âme
Mordant les éclairs de l’impossible !



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

jeudi 19 octobre 2017

EVANESCENCES TROUBLES

Photo de Nicolas Roemmelt

Astres de nos rêves,
Témoins de nos souvenirs
Et vacillantes présences !
A l’orée des chemins de nos hésitations,
Nous reniez-vous,
Dans nos ultimes rencontres ?
Nous les croyions larges,
Ces étroits passages
Aux grilles à crocs !
Ils nous ont toujours enserrés,
Comme cette fange des rigoles
Laissant crouler
Nos heures de visages,
Lentes processions
De morts effluves
Et mornes regrets,
Vers nos frétillantes nuits de doutes
Assoiffées de clameurs célestes
Et d’arbres berceurs,
Aujourd’hui décapités !
Astres de nos rêves,
Où nous emportez-vous ?

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 

vendredi 13 octobre 2017

MOUETTE, MA MOUETTE!



-Si je te donnais un pinceau, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je peindrais, avec, un grand soleil radieux
Et des arcs-en-ciel sur tous les cieux !
-Si je te donnais un crayon, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’écrirais, avec, des chansons pour les enfants,
Je dessinerais, sur les mâts des bateaux,
Les cimes des montagnes, là-haut,
Et sur les pages des voiles,
Les pas fleuris du printemps avançant,
Avec ses myriades d’étoiles
Gazouillant, à saute-moutons, au firmament !
-Et si je te donnais une gomme, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’effacerais, avec, les larmes, le sang
Et tous les malheurs
Assombrissant les coeurs
Qui rêvent de bonheur
Sans peur ni soumission !
-Et si je te donnais ce poème, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je l’avalerais comme un poisson !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 10 octobre 2017

ABOU EL KACEM CHEBBI, AUGUSTE SÉRAPHIN!

LE POÈTE TUNISIEN ABOU EL KACEM CHEBBI
( 24 février 1909 - 9 octobre 1934 )


Tu savais les cris
Des souffrances,
En leurs chemins de nuit,
Chants infinis
De cieux avançant
Sang mûr,
Feux sûrs,
Pures roses
De poings flambant
De mots d’aubes roses
Déchirant tout sombre,
Tout injuste silence morose !
Tu savais les étoiles
Dansant en verbes,
En gerbes de foudres
Grondant de vérités écloses !
Tu les leur disais,
Abou El Kacem !
Tu les leur chantais, Chebbi,
Tous ces perfides cracheurs
Ensevelis dans la peur
De leurs lâches oui grégaires
De si lourds et bas larbins
Bien plus proches
De roches qu’humains,
Ne sachant que brouter,
Roter, ramper,
Crotter, lapider !
Ils ne te furent que vil venin
Usant jusqu’à poussière
Leurs serviles genoux
Marchepieds de colonisés fanés
Osant te traiter de fou
Toi qui tutoyais
Les forges du destin !
Mais tu te riais,
Quand eux criaient,
De leur fange
Et boue de gredins !
Toutes ces hordes d’assassins
Voulaient offrir en festin
Le génie de tes tonnants parchemins
A toutes les couronnes
Puantes, pétantes,
Amputantes
De royaux boyaux
Soumis loyaux
A leurs maîtres ès caniveaux
Putrides intestins
Explosant de faux sans âmes,
En faux vociférant de lames,
Rien qu’une lie d’infâmes
Fous et de mesquins
Croyant pouvoir éteindre
Les tonitruantes flammes
D’un peuple qui parvint à étreindre,
Sans peur ni larmes, son destin !
Mais toi, Abou El Kacem,
Fils d’indomptables aigles Chebbi,
Ami des fières palmes,
Compagnon de rêves
Des merveilleuses gazelles ailées,
Tu sus,
En sublime auguste séraphin,
Dire le soleil des aigles qui luit,
Au creux ensanglantés des cris
Qui voulaient, à tout prix,
Abolir, pour toujours,
Tout joug, toute nuit !
Tu pus gravir, épris,
Les cimes lumineuses
Enceintes de merveilleux
Nouveaux matins
Explosant en majestueuses
Douces et furieuses
Mélodies, tes indomptables chants de vie
A jamais acclamés,
A jamais déclamés,
Par le destin !


© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

lundi 9 octobre 2017

ARBRE!

Photo d'arbres plantés par mon cher ami Hamadi Ben Yahia , dans le désert, au sud de TATAOUINE, sa région natale. Bravo et merci.



Tu es toujours là où se confondent
En verticalité sonore,
En horizontalité ailée, ton or
Et l’air donné à la feuille de vie nécessaire,
Extension vitale pour les pas de nos envols,
Fraîcheur de tapis déployée en arcs d’accueils
Où médite l’oiseau
En ses retours stellaires de danses
Pour que l’eau puisse encore germer,
Dans ses silences multicolores,
Au parfum de nos rencontres.
Arbre ! Tu nous offres toujours
Le sang de tes souvenirs
Et tes nerfs dans les cieux de tes soupirs !


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

dimanche 8 octobre 2017


L'HYMNE AU BAISER

Illustration tirée du Net

En solidarité avec les deux amoureux emprisonnés, en Tunisie, pour un baiser !


Embrassons-nous!
Que nos lèvres drapées de velours
Dansent, fiers drapeaux d’amour !


Embrassons-nous !
Embrasons-nous
En feux d’amour
Pour narguer les bigots haineux !
Soyons des milliers, des millions à deux !

Semons, en soleils radieux,
Nos baisers sur tous les parcours
Pour transformer leurs nuits barbares
En merveilleux heureux jours !

Embrassons-nous !
Embrasons-nous !
De nos généreux baisers,
Ne soyons jamais avares !


©Mokhtar El Amraoui

Le 06 octobre 2017

jeudi 5 octobre 2017

Ton suc bleu

Marta Orlowska


Je ne sais quel rapport tu établiras entre
Griffe de chat, rose et port, la nuit.
Peut-être celui d’une céleste mosaïque
Qui tournoie,
Caressant l’horizon d’un large sourire,
Béance où chantonne ma glissade
Sur un air de palmier enneigé
Et des rigoles suspendues
Au suc bleu de ton souffle !


©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

vendredi 29 septembre 2017

Lettre à un ami

Tableau de Marta Radziszewska



Sais-tu encore sculpter les nuages,
Chanter le pèlerinage des cigognes
Et t’immoler au crépuscule,
Dans une mer d’épis ?


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 26 septembre 2017

Retours ailés


Rachel Clearfield


Eclaboussé par ce feu d’attente,
Tu t’agripperas à l’écho des morts qui migrent,
Par delà les ombres
Et les fièvres d’un retour annoncé.


Sur les quais des regards,
Un arbre encore cri
Porte ton envol vers le chant !

Mort scellée que ces fragments
De froide parole morcelée,
Quand galopaient, fiers, nos nuages !
Tu les dis aujourd’hui
Trempés d’aubes et de déroutes ivres !
Chancelant soleil
D’aigres silences
Vêtus de nuits de songes,
Sertis de trajets d’éclairs
Et de retours ailés !
Mort scellée que ces fragments



©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

dimanche 24 septembre 2017

Morte étoile

Tableau d'Elena Markova

Ce jour-là,
Les vagues rejetèrent la palette.
Seule la dune bougea,
Offusquée.
Les barbares rirent
Et crachèrent
Les dernières étoiles
Comme des dents ensanglantées.
Les rivières des souvenirs
Charriaient leurs mort-nés
Enveloppés de haine et de couteaux.
Les leçons des méandres reprirent
Sous les mottes des glaises
Et les mots d’amours suspendues
Aux hanches de nuits
Aux origines des pas
Reprirent les couleurs des regrets,
Squelettes sifflant d’azurs las
Et d’ouragans fanés.
Lunes écossées,
Jours déshabillés de solaire solitude,
L’incarcération de l’incinérée toile,
Morte étoile !


©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

mercredi 20 septembre 2017

Stigmates

Odilon Redon



Quelle couleur a le silence ?
Celle de tes yeux,
De mes stigmates,
Sur les rives de ton absence.
Mes bras se tendent en fleuves
Vers l’infini d’aveugles échos
Pour embrasser le feu !



© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

samedi 16 septembre 2017

Ma caravane

Bois de Cécile Fouquet



Aux quatre points cardinaux de ma souffrance,
De mes rêves fous, de mes soupirs et espérances,
Ma caravane sillonne le désert.
Les pas ivres des dromadaires
Dansent sous les lames chaudes du soleil.
Je parle l’enfer des mains noyées,
Dans le sable carnivore,
La tristesse diluée
Dans le corps fumant d’un ciel que j’explore,
D’un ciel que j’implore !


© Mokhtar El Amraoui in " Arpèges sur les ailes de mes ans"

jeudi 14 septembre 2017

MA PREMIERE ECOLE




à l'école Emile Saliceti de Mateur*, actuelle Pasteur

A toutes ces étoiles
Que j’ai vues naître
Dans les cris des ardoises
Et le ciel des fenêtres,
Aux premiers oiseaux vêtus d’alphabet
Qui gazouillaient, libres, de tant d'échos liés,
Dans la cage émerveillée des ailes
De mes vertèbres égayées de nouvel écolier,
A tous ces rêves de craie
Qui encensent encore mes chemins
De leurs parfums qui ont appris à mes mains
A épeler les continents, les fleurs, le thym et le romarin,
A appeler les paysans, les marins et tant d’étranges jardins
Qui s’étiraient dans mes rêves et se réveillaient en dessins
S’offrant, au petit matin, tout malins, à mes yeux de poussin
Qui conjuguait ses lourds lacets étourdis, ses souliers et son destin
Au passé, au présent et, rêveur, à tous les lendemains
Des jeux, avant les yeux sévères des premiers examens,
A tous ces premiers chants,
A toutes ces premières danses,
A tous ces premiers chiffres,
A toutes ces premières lettres
Qui tapisseront de leurs corolles,
A tout jamais, mon être,
A ma première école,
A vous tous,
Mon cher directeur,
Mes chères institutrices, mes chers instituteurs,
Je promets que je vous porterai, chaque jour,
Dans le cartable ailé de mon cœur
Et le tablier doré de toutes les heures
Qu’il me restera à lire
Dans le mystérieux livre
Des heurs et douleurs
Que j'aurai encore à vivre,
Qu'il me faudra encore écrire
Comme tous ces cahiers mouillés
De mes rires et pleurs A vous tous,
J'offre mille et un encriers
Chahutant en rangs serrés,
Explosant en taches d'inoubliables fleurs!


© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"


*Ecole Emile Saliceti (Le directeur sur la photo), rebaptisée Pasteur, de Mateur, en 1961. Je suis au troisième rang, en partant du bas; le deuxième, sur l'aile gauche.

mercredi 13 septembre 2017

MON AMOUR

Tableau de Berit Kruger Johnsen

La vérité, pour se dire,
Embrasse tes lèvres.
Le soleil, pour briller,
Doit, chaque jour, se lever,
Des rayons de ton ombre.
Les étoiles, en colliers, se bousculent sans nombre,
Pour venir, assoiffées, boire, à ton cou, les coupes de lumière
Sans lesquelles elles ne seraient que constellations sombres.
Quand leurs ailes se déploient,
Les oiseaux imitent ta voix,
Pour chanter mon amour pour toi,
Ses peines et ses joies.
Les dunes, en courbes, s’échinent dans tous les sens,
Pour imiter tes hanches qui, à chaque pas, dansent.
Jalouses de toi, toutes les mers, en colère, divaguent
Et des fléaux de leurs vagues,
Fouettent rageusement les cieux
Qui ont caché, dans l’écrin de tes yeux,
Les diamants les plus précieux.
Et moi, mon amour,
Depuis toujours,
De tous les joyaux de la terre,
C’est ton cœur que je préfère !


© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »

lundi 11 septembre 2017

Frémissements



J’ai frémi aux premiers vents d’automne.
La lourde rumeur tonne,
Sous le poids crépitant des grands bûchers.
Tes longs cils de rebelle
Eventent mon regard aphone.
Les amphores des vieilles sorcières
Jonchent les rivières
Sur lesquelles a miroité ta peau nubile.
Quel philtre devrais-je boire,
Pour étancher ta terrible soif, ce soir
Et bannir mon exil ?

© Mokhtar El Amraoui in " Arpèges sur les ailes de mes ans"

Tableau d'Yves Tanguy

samedi 9 septembre 2017

J'ai vu la larme

Kirstine Reiner


J'ai vu la larme sur l'eau
Se poser tel un pigeon
Attendu en regards et semences
De nuits offertes
A ce pied lunaire d’argile.



J’ai vu la larme sur l’eau,
Lame aiguisée d’insomnies.


Les voiles des rides
S’élèvent à l’aube des dunes
Pour dire le cratère des cris.
A ce pôle d’ivresse,
Un soleil riant de mains,
Un azur chaussé de rêves
Et d’oliviers chantant ta brillante éclosion.


Quel écho donc
Recueillera l’or de ce fétu donné ?


Une gerbe encore assoiffée pourtant
Recollera notre envol vers ce lac des naissances !

©Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs "

vendredi 1 septembre 2017

Bêle et tais-toi!

    Installation de Jean-Luc Cornec

    Aujourd’hui, en toute liberté, je bêle.
    Toute la famille est fière de mes décibels.
    On me chouchoute, on me caresse, on me choie
    Surtout les enfants, ils me sont bien fidèles.
    Dans les quartiers, je suis leur fierté et joie,
    Leur superbe mouton de premier choix,
    Avant que toute la famille, demain
    Avec ses couteaux bien aiguisés,
    En se frottant les mains, ne me déchoie,
    Avant d’être découpé en steaks, cœur, abats,
    Tripes, côtelettes et tranches de foie.
    En aucun cas, même haché, je ne serai leur rabat-joie,
    Puisqu’ils disent que c’est affaire de foi !
    En tout cas, ils m’ont bien gavé d’herbe et de paille
    Alors bon sang, que je bêle !
    A quoi bon faire le rebelle ?
    Si je me retrouve grillades de barbecue et plats de ripaille,
    Je peux même dire que je l’ai échappé belle
    Car, en me dégustant ainsi, mes chers amis m’honorent,
    En rappelant surtout, entre pets et rots, mon prix d’or,
    En gueulant, tout fiers, tout haut et fort :
    « On lui a bien tâté le cou et le derrière
    On a comparé son coût et sa chair
    A ceux de son cousin de l’année dernière ;
    Il est bien plus cher, bien mieux en chair ! »
    N’est-ce pas trophée que de me retrouver festin ?
    Pourrais-je donc avoir meilleur destin ?
    D’ailleurs, même pour les impies,
    Je serai délicieuse kémia d’apéro !
    Grâce à moi et mes gigots,
    Qu’on soit gaucho ou frérot,
    Riche ou prolo endetté jusqu’aux os,
    C’est la fiesta dont je suis le héros!
    Alors, bon sang, bêle et tais-toi !
    Ne pense plus ni aux plateaux,
    Ni aux frigos, ni aux caniveaux!

    © Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

dimanche 27 août 2017

Ton souffle, tes pas!

Aly Ben Salem



Ton souffle, tes pas
Et toutes ces étoiles d’ombres
Que sème ton corps éclairé
Au silence du vent
Qui écoute la flûte des mers
Le bercer de tes fleurs
Semées dans les paumes chaudes de tes rêves !
Ton souffle, tes pas !
Un papillon enivré par son butin de lèvres
Et un soleil qui joue aux damiers des ombres !
Ton souffle, tes pas
Et une belle rosée de souvenirs
Parfumée à l’envol de nos jours à venir !

Ton souffle, tes pas

©Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»