vendredi 29 septembre 2017

Lettre à un ami

Tableau de Marta Radziszewska



Sais-tu encore sculpter les nuages,
Chanter le pèlerinage des cigognes
Et t’immoler au crépuscule,
Dans une mer d’épis ?


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 26 septembre 2017

Retours ailés


Rachel Clearfield


Eclaboussé par ce feu d’attente,
Tu t’agripperas à l’écho des morts qui migrent,
Par delà les ombres
Et les fièvres d’un retour annoncé.


Sur les quais des regards,
Un arbre encore cri
Porte ton envol vers le chant !

Mort scellée que ces fragments
De froide parole morcelée,
Quand galopaient, fiers, nos nuages !
Tu les dis aujourd’hui
Trempés d’aubes et de déroutes ivres !
Chancelant soleil
D’aigres silences
Vêtus de nuits de songes,
Sertis de trajets d’éclairs
Et de retours ailés !
Mort scellée que ces fragments



©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

dimanche 24 septembre 2017

Morte étoile

Tableau d'Elena Markova

Ce jour-là,
Les vagues rejetèrent la palette.
Seule la dune bougea,
Offusquée.
Les barbares rirent
Et crachèrent
Les dernières étoiles
Comme des dents ensanglantées.
Les rivières des souvenirs
Charriaient leurs mort-nés
Enveloppés de haine et de couteaux.
Les leçons des méandres reprirent
Sous les mottes des glaises
Et les mots d’amours suspendues
Aux hanches de nuits
Aux origines des pas
Reprirent les couleurs des regrets,
Squelettes sifflant d’azurs las
Et d’ouragans fanés.
Lunes écossées,
Jours déshabillés de solaire solitude,
L’incarcération de l’incinérée toile,
Morte étoile !


©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

mercredi 20 septembre 2017

Stigmates

Odilon Redon



Quelle couleur a le silence ?
Celle de tes yeux,
De mes stigmates,
Sur les rives de ton absence.
Mes bras se tendent en fleuves
Vers l’infini d’aveugles échos
Pour embrasser le feu !



© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

samedi 16 septembre 2017

Ma caravane

Bois de Cécile Fouquet



Aux quatre points cardinaux de ma souffrance,
De mes rêves fous, de mes soupirs et espérances,
Ma caravane sillonne le désert.
Les pas ivres des dromadaires
Dansent sous les lames chaudes du soleil.
Je parle l’enfer des mains noyées,
Dans le sable carnivore,
La tristesse diluée
Dans le corps fumant d’un ciel que j’explore,
D’un ciel que j’implore !


© Mokhtar El Amraoui in " Arpèges sur les ailes de mes ans"

jeudi 14 septembre 2017

MA PREMIERE ECOLE




à l'école Emile Saliceti de Mateur*, actuelle Pasteur

A toutes ces étoiles
Que j’ai vues naître
Dans les cris des ardoises
Et le ciel des fenêtres,
Aux premiers oiseaux vêtus d’alphabet
Qui gazouillaient, libres, de tant d'échos liés,
Dans la cage émerveillée des ailes
De mes vertèbres égayées de nouvel écolier,
A tous ces rêves de craie
Qui encensent encore mes chemins
De leurs parfums qui ont appris à mes mains
A épeler les continents, les fleurs, le thym et le romarin,
A appeler les paysans, les marins et tant d’étranges jardins
Qui s’étiraient dans mes rêves et se réveillaient en dessins
S’offrant, au petit matin, tout malins, à mes yeux de poussin
Qui conjuguait ses lourds lacets étourdis, ses souliers et son destin
Au passé, au présent et, rêveur, à tous les lendemains
Des jeux, avant les yeux sévères des premiers examens,
A tous ces premiers chants,
A toutes ces premières danses,
A tous ces premiers chiffres,
A toutes ces premières lettres
Qui tapisseront de leurs corolles,
A tout jamais, mon être,
A ma première école,
A vous tous,
Mon cher directeur,
Mes chères institutrices, mes chers instituteurs,
Je promets que je vous porterai, chaque jour,
Dans le cartable ailé de mon cœur
Et le tablier doré de toutes les heures
Qu’il me restera à lire
Dans le mystérieux livre
Des heurs et douleurs
Que j'aurai encore à vivre,
Qu'il me faudra encore écrire
Comme tous ces cahiers mouillés
De mes rires et pleurs A vous tous,
J'offre mille et un encriers
Chahutant en rangs serrés,
Explosant en taches d'inoubliables fleurs!


© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"


*Ecole Emile Saliceti (Le directeur sur la photo), rebaptisée Pasteur, de Mateur, en 1961. Je suis au troisième rang, en partant du bas; le deuxième, sur l'aile gauche.

mercredi 13 septembre 2017

MON AMOUR

Tableau de Berit Kruger Johnsen

La vérité, pour se dire,
Embrasse tes lèvres.
Le soleil, pour briller,
Doit, chaque jour, se lever,
Des rayons de ton ombre.
Les étoiles, en colliers, se bousculent sans nombre,
Pour venir, assoiffées, boire, à ton cou, les coupes de lumière
Sans lesquelles elles ne seraient que constellations sombres.
Quand leurs ailes se déploient,
Les oiseaux imitent ta voix,
Pour chanter mon amour pour toi,
Ses peines et ses joies.
Les dunes, en courbes, s’échinent dans tous les sens,
Pour imiter tes hanches qui, à chaque pas, dansent.
Jalouses de toi, toutes les mers, en colère, divaguent
Et des fléaux de leurs vagues,
Fouettent rageusement les cieux
Qui ont caché, dans l’écrin de tes yeux,
Les diamants les plus précieux.
Et moi, mon amour,
Depuis toujours,
De tous les joyaux de la terre,
C’est ton cœur que je préfère !


© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »

lundi 11 septembre 2017

Frémissements



J’ai frémi aux premiers vents d’automne.
La lourde rumeur tonne,
Sous le poids crépitant des grands bûchers.
Tes longs cils de rebelle
Eventent mon regard aphone.
Les amphores des vieilles sorcières
Jonchent les rivières
Sur lesquelles a miroité ta peau nubile.
Quel philtre devrais-je boire,
Pour étancher ta terrible soif, ce soir
Et bannir mon exil ?

© Mokhtar El Amraoui in " Arpèges sur les ailes de mes ans"

Tableau d'Yves Tanguy

samedi 9 septembre 2017

J'ai vu la larme

Kirstine Reiner


J'ai vu la larme sur l'eau
Se poser tel un pigeon
Attendu en regards et semences
De nuits offertes
A ce pied lunaire d’argile.



J’ai vu la larme sur l’eau,
Lame aiguisée d’insomnies.


Les voiles des rides
S’élèvent à l’aube des dunes
Pour dire le cratère des cris.
A ce pôle d’ivresse,
Un soleil riant de mains,
Un azur chaussé de rêves
Et d’oliviers chantant ta brillante éclosion.


Quel écho donc
Recueillera l’or de ce fétu donné ?


Une gerbe encore assoiffée pourtant
Recollera notre envol vers ce lac des naissances !

©Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs "

vendredi 1 septembre 2017

Bêle et tais-toi!

    Installation de Jean-Luc Cornec

    Aujourd’hui, en toute liberté, je bêle.
    Toute la famille est fière de mes décibels.
    On me chouchoute, on me caresse, on me choie
    Surtout les enfants, ils me sont bien fidèles.
    Dans les quartiers, je suis leur fierté et joie,
    Leur superbe mouton de premier choix,
    Avant que toute la famille, demain
    Avec ses couteaux bien aiguisés,
    En se frottant les mains, ne me déchoie,
    Avant d’être découpé en steaks, cœur, abats,
    Tripes, côtelettes et tranches de foie.
    En aucun cas, même haché, je ne serai leur rabat-joie,
    Puisqu’ils disent que c’est affaire de foi !
    En tout cas, ils m’ont bien gavé d’herbe et de paille
    Alors bon sang, que je bêle !
    A quoi bon faire le rebelle ?
    Si je me retrouve grillades de barbecue et plats de ripaille,
    Je peux même dire que je l’ai échappé belle
    Car, en me dégustant ainsi, mes chers amis m’honorent,
    En rappelant surtout, entre pets et rots, mon prix d’or,
    En gueulant, tout fiers, tout haut et fort :
    « On lui a bien tâté le cou et le derrière
    On a comparé son coût et sa chair
    A ceux de son cousin de l’année dernière ;
    Il est bien plus cher, bien mieux en chair ! »
    N’est-ce pas trophée que de me retrouver festin ?
    Pourrais-je donc avoir meilleur destin ?
    D’ailleurs, même pour les impies,
    Je serai délicieuse kémia d’apéro !
    Grâce à moi et mes gigots,
    Qu’on soit gaucho ou frérot,
    Riche ou prolo endetté jusqu’aux os,
    C’est la fiesta dont je suis le héros!
    Alors, bon sang, bêle et tais-toi !
    Ne pense plus ni aux plateaux,
    Ni aux frigos, ni aux caniveaux!

    © Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"