mardi 31 octobre 2017

Ailes de fantômes

Agnès Courrault


Comment encore la dire, elle,
L’absente lettre
Où dansent les lèvres
Des mots suspendus
A tes yeux sonores ?
Ils culbutent ma transe.

Un silex, oui, de déroute,
C’est-à-dire de retrouvailles !
Je n’attendais de toi
Que cette main tendue
Regardée en nos éveils !
Ton hier, quand tu étais vêtue d’étoiles vertes.
Tes yeux me rêvaient, dans mon silence,
Comme des feuilles de citronnier
L’or d’un ciel visage
Te disant sur le rivage d’autres quais.
Cri de précipices !

Tu rends hommage à l’hirondelle
Qui t’a poinçonné le sein en masques d’adieux.

Prendre juste un mot
Puis descendre, avec, dans le puits
De chaque lettre et venir
A l’ombre de ses fugues,
Tes fulgurances !
Les sourires de ton regard,
Quand tu m’aimes, mort bleue !
Comme le rire de cette impossibilité,
Note-distance calculée en caresses,
Chaussée de souvenirs
Et ailes de fantômes !


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»


samedi 28 octobre 2017

J'écris

Tableau de Paul Abbott
 
 
J'écris avec le râle de ma valise
Remplie d'algues et de corail.
J’écris avec l’encre de mon ombre,
Affiche de mes nuits.
J’écris une langue comète
Aux rides assoiffées.
J’écris les nymphes
Caressant mes pieds d’étranger,
La spirale verte
De ma titubante amnésie.
J’écris avec les baves de l’éclair,
Cette déchirure du texte sans étoiles,
L’envol mousseux du triangle,
Le rat aux griffes de chat
Qui interroge les égouts,
Ruisseaux coulant des masques
De nos morts inavouées,
Peaux froides de cadavres froissés
Comme ces paquets de frileuses raisons
Que tu inocules à ton enfant, en toutes saisons
Comme ces chimères que tu caresses
Dans tes ronflements de cube tamisé,
Quand tes oreilles de cire
Fondent dans la cire noire
Des phonos de la peur,
Perte d’extension,
Tubes aux arômes de plastique
Puant dans la crème
De ce four ébouriffé
Où tu éjacules ta peur cravatée !
J’écris avec ce rat qui mâche des étoiles
Et téléphone aux muses
Avec ce croissant-gondole !
J’écris avec ses numéros épileptiques,
Ecumes rouges
Léchant la flamme du bateau
Qui ne reviendra plus !
J’écris, sans ancre,
Avec ma valise qui vole
Comme cette symphonie nerveuse des mouettes !
Poisson d’eau douce,
Sirote ta mort !
Le rat et moi,
Nous peignons,
Sur les écailles jaunes du trottoir,
Des transes d’éclairs
Trop chauds pour les gorges des fourmis !
Dors, mort inavouée !
Le rat et moi,
On a bu le poème !
 
 
 
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"
Tableau de Paul Abbott

mercredi 25 octobre 2017

Hommage au lit




Le lit est plus qu’un poème. 
C’est un recueil où l’on cueille 
Tant de rêves, tant de sève 
Où, enfin, l’on se recueille 
Pour se dire que l’on s’aime! 
C’est un transport de trêve 
Où tous les printemps se sèment, 
Bien loin des vindictes des glaives! 
Après des heures de débats houleux, 
C’est la houle des ébats amoureux! 
C’est le haut lieu, le pieu de la prise de pied 
Des plus jeunes aux plus vieux! 
Il s’ouvre en cieux radieux et pluvieux; 
Il n’est jamais ennuyeux! 
On y vit et voit toutes les saisons. 
S’y marient raison et déraison! 
C’est le vrai trône dans toutes les maisons!
© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»
Illustration du net

samedi 21 octobre 2017

A Rimbaud

A Rimbaud
né le 20 octobre 1854 à Charleville et mort le 10 novembre 1891 à Marseille




Arthur,
Blanc Abyssinien,
Tes voyelles étouffant de lumière,
Embrasent ma solitude
Et éclairent ma tristesse
Qui râle sous le poids muet des mots inutiles.
Tu m’offris la couleur
Et rendis aux étoiles leur sève juvénile.
Inchoative ivresse
Créant l’univers
De mystères,
De questions nues.
Tu me reviens, ramage de baobab,
En transes de cithare,
Sur les flots scintillants de l’Oued Joumine !
Arthur,
Jeune âme
Mordant les éclairs de l’impossible !



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

jeudi 19 octobre 2017

EVANESCENCES TROUBLES

Photo de Nicolas Roemmelt

Astres de nos rêves,
Témoins de nos souvenirs
Et vacillantes présences !
A l’orée des chemins de nos hésitations,
Nous reniez-vous,
Dans nos ultimes rencontres ?
Nous les croyions larges,
Ces étroits passages
Aux grilles à crocs !
Ils nous ont toujours enserrés,
Comme cette fange des rigoles
Laissant crouler
Nos heures de visages,
Lentes processions
De morts effluves
Et mornes regrets,
Vers nos frétillantes nuits de doutes
Assoiffées de clameurs célestes
Et d’arbres berceurs,
Aujourd’hui décapités !
Astres de nos rêves,
Où nous emportez-vous ?

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 

vendredi 13 octobre 2017

MOUETTE, MA MOUETTE!



-Si je te donnais un pinceau, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je peindrais, avec, un grand soleil radieux
Et des arcs-en-ciel sur tous les cieux !
-Si je te donnais un crayon, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’écrirais, avec, des chansons pour les enfants,
Je dessinerais, sur les mâts des bateaux,
Les cimes des montagnes, là-haut,
Et sur les pages des voiles,
Les pas fleuris du printemps avançant,
Avec ses myriades d’étoiles
Gazouillant, à saute-moutons, au firmament !
-Et si je te donnais une gomme, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’effacerais, avec, les larmes, le sang
Et tous les malheurs
Assombrissant les coeurs
Qui rêvent de bonheur
Sans peur ni soumission !
-Et si je te donnais ce poème, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je l’avalerais comme un poisson !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 10 octobre 2017

ABOU EL KACEM CHEBBI, AUGUSTE SÉRAPHIN!

LE POÈTE TUNISIEN ABOU EL KACEM CHEBBI
( 24 février 1909 - 9 octobre 1934 )


Tu savais les cris
Des souffrances,
En leurs chemins de nuit,
Chants infinis
De cieux avançant
Sang mûr,
Feux sûrs,
Pures roses
De poings flambant
De mots d’aubes roses
Déchirant tout sombre,
Tout injuste silence morose !
Tu savais les étoiles
Dansant en verbes,
En gerbes de foudres
Grondant de vérités écloses !
Tu les leur disais,
Abou El Kacem !
Tu les leur chantais, Chebbi,
Tous ces perfides cracheurs
Ensevelis dans la peur
De leurs lâches oui grégaires
De si lourds et bas larbins
Bien plus proches
De roches qu’humains,
Ne sachant que brouter,
Roter, ramper,
Crotter, lapider !
Ils ne te furent que vil venin
Usant jusqu’à poussière
Leurs serviles genoux
Marchepieds de colonisés fanés
Osant te traiter de fou
Toi qui tutoyais
Les forges du destin !
Mais tu te riais,
Quand eux criaient,
De leur fange
Et boue de gredins !
Toutes ces hordes d’assassins
Voulaient offrir en festin
Le génie de tes tonnants parchemins
A toutes les couronnes
Puantes, pétantes,
Amputantes
De royaux boyaux
Soumis loyaux
A leurs maîtres ès caniveaux
Putrides intestins
Explosant de faux sans âmes,
En faux vociférant de lames,
Rien qu’une lie d’infâmes
Fous et de mesquins
Croyant pouvoir éteindre
Les tonitruantes flammes
D’un peuple qui parvint à étreindre,
Sans peur ni larmes, son destin !
Mais toi, Abou El Kacem,
Fils d’indomptables aigles Chebbi,
Ami des fières palmes,
Compagnon de rêves
Des merveilleuses gazelles ailées,
Tu sus,
En sublime auguste séraphin,
Dire le soleil des aigles qui luit,
Au creux ensanglantés des cris
Qui voulaient, à tout prix,
Abolir, pour toujours,
Tout joug, toute nuit !
Tu pus gravir, épris,
Les cimes lumineuses
Enceintes de merveilleux
Nouveaux matins
Explosant en majestueuses
Douces et furieuses
Mélodies, tes indomptables chants de vie
A jamais acclamés,
A jamais déclamés,
Par le destin !


© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

lundi 9 octobre 2017

ARBRE!

Photo d'arbres plantés par mon cher ami Hamadi Ben Yahia , dans le désert, au sud de TATAOUINE, sa région natale. Bravo et merci.



Tu es toujours là où se confondent
En verticalité sonore,
En horizontalité ailée, ton or
Et l’air donné à la feuille de vie nécessaire,
Extension vitale pour les pas de nos envols,
Fraîcheur de tapis déployée en arcs d’accueils
Où médite l’oiseau
En ses retours stellaires de danses
Pour que l’eau puisse encore germer,
Dans ses silences multicolores,
Au parfum de nos rencontres.
Arbre ! Tu nous offres toujours
Le sang de tes souvenirs
Et tes nerfs dans les cieux de tes soupirs !


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

dimanche 8 octobre 2017


L'HYMNE AU BAISER

Illustration tirée du Net

En solidarité avec les deux amoureux emprisonnés, en Tunisie, pour un baiser !


Embrassons-nous!
Que nos lèvres drapées de velours
Dansent, fiers drapeaux d’amour !


Embrassons-nous !
Embrasons-nous
En feux d’amour
Pour narguer les bigots haineux !
Soyons des milliers, des millions à deux !

Semons, en soleils radieux,
Nos baisers sur tous les parcours
Pour transformer leurs nuits barbares
En merveilleux heureux jours !

Embrassons-nous !
Embrasons-nous !
De nos généreux baisers,
Ne soyons jamais avares !


©Mokhtar El Amraoui

Le 06 octobre 2017

jeudi 5 octobre 2017

Ton suc bleu

Marta Orlowska


Je ne sais quel rapport tu établiras entre
Griffe de chat, rose et port, la nuit.
Peut-être celui d’une céleste mosaïque
Qui tournoie,
Caressant l’horizon d’un large sourire,
Béance où chantonne ma glissade
Sur un air de palmier enneigé
Et des rigoles suspendues
Au suc bleu de ton souffle !


©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"