mercredi 29 novembre 2017

Couleurs

Illustration du Net
Un jour,
Un papillon s’est pris les ailes
Entre mes deux hémisphères.
Alors, chaque nuit,
Je rêve en couleurs,
Volant de fleur en fleur,
Te cherchant, plein d’impatience, mon coeur.
Puis je t’ai vue,
Seule, près du rocher bleu,
M’ouvrant tes pétales, riant de rosée,
M’invitant à m’y reposer.
Mais le matin,
A mon réveil,
Les ailes avaient déjà séché.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

samedi 25 novembre 2017

Les obscurs

Tableau de Pierre Soulages

Ils ont cousu des linceuls aux mots 
Et tendu leurs pièges aux chants des oiseaux 
Passeurs de lumière.
Ils ont coupé les ailes des étoiles,
Pour en faire des fouets
Contre les cris vrais.
Ils ont taillé les ronces les plus folles
Pour ensanglanter, avec, l’aube des voyageurs
Et crucifier leurs danses d’amoureux.

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"


mercredi 22 novembre 2017

Attente vespérale

Tableau de Kathy Jones


Quand ton absence
Dessèche le ciel de sa lumière,
Le soleil, pour son bain de noces,
Chasse, des noeuds noirs de ses fléaux,
Les troupeaux attardés sur des pentes arides.
La fourmi rouge, attelée au char d’une miette,
Enfouit ses victoires
Là où, toujours,
S’empêtre la taupe et frémit le coquelicot.
Dans la fureur des sillons fumants,
Le hanneton et le ver se dispersent,
En d’inaudibles rubis flamboyants
Crachés par un vieux funambule
Rêvant de trapèzes, de balançoires, de sauts
Parfumés d’étoiles et de vides tourbillonnants.
La fleur, dans sa splendeur,
S’offre aux dards voraces d’un essaim agité.
Elle parfume, un dernier soir,
La mémoire de tant de parcours sages,
Avant la lame précise et sans grâce
Du couteau,
De la hache
Qui attendent,
A l’abattoir,
Le docile troupeau.


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 19 novembre 2017

LIBERTE

Nulle plainte,
Nul regret,
Si c’est pour toi
Que je meurs
Liberté.
Nul regret,
Nulle plainte,
Tu es le seul chemin du bonheur.
Si l’on meurt pour toi,
La mort n’est plus un malheur
Et tant qu’on vivra par toi,
La vie ne sera plus un leurre.
Liberté
Sans toi, la mort,
Sans toi, la vie
Ne seraient plus qu’erreurs.

©Mokhtar El Amraoui in « Arpèges sur les ailes de mes ans »

vendredi 17 novembre 2017

LE LIVRE


Illustration du Net


Qu'il soit celui des morts
Ou celui des vivants,
Le livre t'ouvre ses immenses ailes au firmament!
Il t'invite au voyage,
De port en port,
De page en plage,
De plage en page,
De ville en village,
De visages en paysages
Et ne te laisse jamais livré à ton triste sort!
Il a tellement de secrets à te confier, avant ta mort,
Qu'il te rendra, pour l'accepter, bien plus fort!
C'est dans l'océan de ses mots
Qu'il te convie à renouveler ta peau,
A surmonter tes peines et tes maux,
A alléger tous tes fardeaux!
Dense, le livre te fait frémir,
Danser, pleurer et rire.
De l'Homme, il te révèle le meilleur, tout comme le pire,
Ce qui l'égaie et ce qui le fait souffrir!
Si tu veux, tout cela, découvrir,
Je te conseille, ami(e), de lire!

© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs"

mercredi 15 novembre 2017

LE CHANT DE MON OUD

Tableau de South Hall Joseph Edward
Sauras-tu écouter,
Sur le fil tendu éperdu des heures,
Mon oud fêlé, qui pour toi,
S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?
Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant
En courbes, le sang fatigué,
Pourtant, tant enchanté de mon attente,
De mon inextinguible soif
Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées
Et aux galbes dressés de tes seins parfumés
Par tant de désir retenu, détenu
Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !
Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?
Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,
Qui en nous, qui par nous, qui pour nous
Se font chair,
Se font voix,
De nos chairs,
De nos voix,
Voix de nos chairs,
Chairs de nos voix
Et renaissent à leur quintessence,
Sans peines ni souffrances,
De fontaine t’attendant, en stances
Se tendant, s’étendant
En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs
S’offrant aux feux de tes lèvres,
A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,
Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs
Si lactés convolant en justes notes égarées
Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées
Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,
En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs
De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur
Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,
En fusions enivrées de danseurs !
Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes
Tes furtifs sourires d’apeurée
Pour les faire planer
Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !
Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres
Qui veulent étouffer les chaudes braises
De ton corps qui brûle dans cette geôle
Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !
Ecoute-le, mon oud, mon cœur,
Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :
« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées
Qui méritent leur chemin de volupté,
Pour laisser fleurir, à jamais, l’or
De ce splendide bonheur,
Le sublime droit d’aimer ! »
© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 
 

dimanche 12 novembre 2017

Rencontre

Simafra Prosperi


Je te rencontrerai,
A l’heure où les gosiers ailés
Boivent dans le roulis lunaire,
Quand les cils enflammés
Retournent au port,
Hissant fièrement
Le pavillon de leurs veines.
Je t’attendrai,
Dans les bras perdus de mon ivresse
Qui danse,
Le cou lourd
Des colliers de jasmin nocturne !
Je te reconnaîtrai, sans peine !
Tu auras le même grain sur le front.
J’y cueillerai des brassées de chaudes perles
Aux arômes souriants !
J’en sertirai ce tapis de corail
Mon coeur
Que ton impatience d’hirondelle,
En le volant,
A brûlé !
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ailes"

mercredi 8 novembre 2017

Tes yeux de rose

 d'après René Magritte
(trouvé sur le Net)


Je t’ai sculptée comme un matin de silex, 
Dans les paumes sans étoiles de mes nuits !
Je t’ai clamée comme un doux chant fleuri 
Offert si beau à la joie de nos oiseaux
Qui reviennent nicher, là-haut en choeur,
Au creux de nos coeurs
Pour rechanter l’heure
Heureuse de leur premier envol.
Je m’immolerai au feu de leurs rêves,
Aux cieux de leurs plumages éblouis
Par les rayons de tes lunes endormies,
Pour te danser ton éclosion de reine
Ivre du miel de tes timides silences
Aux yeux de roses qui embaument
D’azurs et de fièvres aux chemins étourdis !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

vendredi 3 novembre 2017

Endormi dans le poème

Au grand poète tunisien Houcine Kahouaji
                                                                       16 novembre 1959- 3 octobre 2017

Portrait réalisé par Abdellatif Romdhani
Il s'en alla sans se retourner,
Avec la radieuse cendre
Des feuilles de ses souvenirs
Et la fumée de la rose
Qu'elle lui avait offerte
Inondée du parfum de ses sourires,
Le matin de son dernier soupir.
Il s'en alla sans flûte
Ni guitare ni luth,
Sans gémir.
Il avait pour compagnons
Le léger silence de ses pas,
L'herbe et le ciel croissant dans ses bras
Noyant ses ombres
Et tous les invincibles chants
De ses invisibles oiseaux
Qui dansaient sur ses musiques.
Il s'envola, bercé
Tout doucement,
Tout lentement,
Tout tendrement
Par le vent,
Endormi dans le poème
De son éternel rire !
© Mokhtar El Amraoui, Le 3 novembre 2017

La symphonie errante

Dessin rupestre à Tadrart 


Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sphères
Dans les dilatations de l’exil,
L’ombre ivre de ma soif
Dans la sècheresse de l’arôme somnambule.
Je cherche mes imprécations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet éveil cinglant
Erection du soleil
A la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le râle éclaté
De mes vertèbres lyres en délire,
S’étouffant de leurs notes déportées,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l’inatteignable voyage
De ce papillon qui s’éreinte
En poursuites trébuchantes,
Au-delà de ses rêves brisés !
Je rêve de comètes,
D’astres flamboyants,
De méduses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je rêve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t’invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
Ô muse de mon départ !
Astre scintillant
Sur les lèvres ouvertes des vagues !
Il n’y a plus de toits !
Pluie d’encens rouge
Sur tes seins embaumés
Dans le linceul de l’extase des rencontres crépusculaires !
Viens de mes reviens fatigués !
Je te prêterai les ailes immaculées
De mes Icare exilés.
Je te montrerai
L’axe de l’impact pluriel,
L’agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d’erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette forêt éclatée !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l’aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous écrirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangulés !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !
Reviens
Au commun des immortelles mésanges assoiffées.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te mènera
Jusqu’à mon perchoir d’exilé !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mercredi 1 novembre 2017

Co-errance


Co-errance vers nulle part,
Loin des extases ensevelies.
Avec pour théorie
Cette mèche de barde épileptique
Qui se mure,
Dans les miroirs gris de l’absence.
Ma théorie
C’est tes seins, aquagenèse du râle debout.
Ma théorie
La rencontre de nos absences,
Dans les cerceaux enflammés
De nos rites de mésanges.
Ma théorie
C’est ta pratique
Dans tes printemps de coquelicot.
Je bouge mes glacis, mes ténèbres
Et tue mes ombres pendues
Dans les caveaux de leurs pendules imbéciles !
Ma théorie
C’est ta pratique,
Quand tu recouvres tes aspérités
De rose et d’ouragan,
C’est tes cheveux bourrés d’astres
Jusqu’à l’étouffement,
Jusqu’à l’accouchement.
C’est tes prairies galopantes,
C’est ta soif qui s’allume,
Réverbères ivres
Dans les rues de ma perte,
Dispersions,
Hémorragies
Dans l’extériorité de tes aspérités oméga,
Enfants redessinant les tapis de leurs vengeances,
Symphonie du délire montant,
Syllabes de comètes échevelées,
Errance de bardes,
Co-errance d’Achiqs* aux mèches crépusculaires.
*Amoureux, en arabe



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"