jeudi 19 avril 2018

CIEL EN LAMBEAUX

Tableau de John Constable
Le clapotis des vagues bat les cartes effritées.
Les rames nerveuses découvrent
Le rire désargenté des écailles explosées
Et le jasmin rouillé d’une dernière soirée
Sans parfums ni lendemains.
Le chat édenté ne peut plus miauler.
Il pose ses pattes sur chaque rive du canal,
Pour avoir, des pêcheurs,
Quelques têtes de sardines éméchées.
Une ombre chancelante jette toute grondante
Comme une lune fracassée contre le phare vert
La bouteille d’alcool à brûler en plastique,
A flamber les veines pisseuses
D’un vieux soleil fou fatigué
Qui s’étrangle
Dans les tourbillons nerveux
Des cordes d’un oud fané
Qu’on asphyxie
Comme une grenade pourrie,
Tête ensanglantée
Qui vomit toutes ces promesses non tenues !
Les griffes noires du ciel en lambeaux
Ecrivent sur les remparts
Les cris bouffés par le sel de la morte lune !
© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »

dimanche 8 avril 2018

LE LIVRE

Illustration du net
Qu'il soit celui des morts
Ou celui des vivants,
Le livre t'ouvre ses immenses ailes au firmament!
Il t'invite au voyage,
De port en port,
De page en plage,
De plage en page,
De ville en village,
De visages en paysages
Et ne te laisse jamais livré à ton triste sort!
Il a tellement de secrets à te confier, avant ta mort,
Qu'il te rendra, pour l'accepter, bien plus fort!
C'est dans l'océan de ses mots
Qu'il te convie à renouveler ta peau,
A surmonter tes peines et tes maux,
A alléger tous tes fardeaux!
Dense, le livre te fait frémir,
Danser, pleurer et rire.
De l'Homme, il te révèle le meilleur, tout comme le pire,
Ce qui l'égaie et ce qui le fait souffrir!
Si tu veux, tout cela, découvrir,
Je te conseille, ami(e), de lire!

© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »

vendredi 30 mars 2018

VIVE LA PALESTINE LIBRE! Complicité

Palestine oubliée !
Palestine meurtrie !
Palestine trahie !
Les balourds sourds à tes cris
T’ont, vils, volé tes rêves,
Les veines des sillons
De tes jours et tes nuits !
Ils t’ont vendue
Aux chaînes de Sion,
Au plus bas prix !
Ils prétendent te protéger,
Morte, figée,
Dans les linceuls de leurs paradis mensongers
D’affreux bègues bigots meurtriers !
Ils disent qu’ils n’ont pas le temps
De venir à ton secours,
Et prétendent transmettre,
En chiens qui s’excusent, en traîtres,
A tes assassins, leurs maîtres, tes recours !
Ils écrivent que pour toi ils prient !
Alors ils crient « Plie, tais-toi et survis,
Dans ton exil, cela te suffit ! »
De ton nom sacré, Palestine,
Ils font fonds de commerce !
Dans les nuits de leurs bals cannibales,
C’est tes Bouraqs étoilés d’amour, de paix
Et leurs élans affamés,
Assoiffés, désarmés
Qu’ils transpercent de balles
Et dards complices des sionistes surarmés !
Ils leur montrent, la nuit, en prostitués,
La chair nue de tes oliviers
Qu’ils leur recommandent de tuer !
Ils leur indiquent les cartes des étincelles
Du retour de tes orangers incendiés sans ailes !
Ils leur vendent tes enfants bannis,
Tes rêves et épopées traqués parqués,
Dans les nuits ensanglantées des taudis
Emprisonnés sous les murs qu'ils ont bénis!
Qu’ils soient à jamais maudits !
Palestine oubliée !
Palestine meurtrie !
Palestine trahie !
© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

jeudi 8 mars 2018

FEMMES !

Bonne fête à toutes les femmes
Tableau de Robert Krogle

L'impossible ne peut être femmes!
Nous aurons toujours la taille de nos rêves !
Nous rejoindrons, de notre florale impatience,
Dans la lumière de nos espérances,
Le suc flamboyant des étoiles
Et le rire assourdissant des dansantes comètes !
Nos fièvres habillées des houles des naissances
Nous offriront, comme toujours, tout ce temps
Pour tisser, dans nos profondeurs ailées,
Tous ces fruits volants de l’amour
Qui naissent et s’abritent au creux de nos reins,
En amples saisons tracées au miel des matins,
S’élevant des caresses de nos mains !
Femmes !
Flammes d’amour et de paix!
Ecrites par tous les éléments,
Nous réchauffons, de nos racines,
Toutes ces tiges d'or qui poussent
Couronnées, dans la mousse de nos rêves,
Par les ascendantes douces gerbes ailées de notre sève!
Femmes!
Le possible est aussi femmes!

© Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs"

dimanche 25 février 2018

EXPLOSION POETIQUE!



Me voici, le 23 février 2018, au Club Culturel Tahar Hadded lisant mes poèmes "Feu de vie" et "L'hymne au poème", dans le cadre d'une belle rencontre poétique dédiée au poème organisée par le Club Poésie francophone-Poésie du monde de l'Espace Carmen et le susmentionné club culturel. Me voici explosant dans ma lecture viscérale, tripale! Merci, mon cher ami Naceur Mallekh, de m'avoir filmé.
FEU DE VIE
Poème bleu fenêtre, 
Poème rouge fruit 
Qui s'envole du rire argenté de la lune 
Vers nos lèvres assoiffées d'étoiles 
Et de glissantes caresses infinies, 
Comme d'un bateau d'amour 
Et de rêves d'où on ne cesse de s'appeler.
Poème attentes de jours et de nuits 
Qui ouvrent le miroir ailé d'un cri, 
Qui renaît feu d'amour, 
Feu de toujours, 
Feu de vie !
©Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»
L’HYMNE AU POEME
Poème !
Soleil de mots et de voix
Constellation des rives
Vibrant du sang des mémoires offertes au silex
Aux pointes des marches des gestations cosmiques
Tu es l’insaisissable qui saisit les tourments
Tous les pas de la tourmente écrite
En questions en leur explosant silence
Poème boom !
Houle de stigmates et baume aussi
Qui sait panser les blessures des épines
Poème bohème de troubadours persécutés 
Pourchassés de leurs nids célestes 
De leurs arbres de rêves-trêve 
Qui crèvent
Sous l’arbitraire verglas des tyrannies putrides
Poème !
Tu réinventes le chant du sang 
Tu sais faire des larmes des étoiles 
Et des étoiles des choeurs de coeurs 
Aux champs ascendants 
Où ne cesse de renaitre l'amour 
En ses chaudes matrices semées 
Des multicolores splendeurs 
Des pages de l’azur et de ses mers
Aux vagues des bras 
En leurs infinies pérégrinations
De pertes et retrouvailles
Tu es la vallée des grandes attentes 
Source des cieux d'ombres calcinées 
Nubiles rêves des délaissés 
Contes aux chemins de brouillard 
Avec tes cierges, poème, 
Tu rallumes les essences des chairs mortes
De tant de chaînes 
En leurs tracés de désirs rebelles d’oiseaux libres
Tu es l’ouragan quand on te fusille !
Oliviers de Palestine aux racines stellaires !
Chaudes grenades d’Andalousie 
Aux incandescences volcaniques !
Aigles des cimes de Tunisie !
Indomptables rebelles d’Algérie !
Et tous ces fiers poings dressés
De lumière d’Irak et de Syrie 
Psalmodiant les étreintes de feu
Abou El Kacem Chebbi
Mahmoud Derouiche
Federico Garcia Lorca
Poème !
Tu es leur rire éternel
Contre la gueule horrible du bourreau
Lumière chevauchant son pégase
Au souffle de danse 
Tes pas dessinent la cartographie des retours 
Vers les fusions tonitruantes 
D'amour roulis roses n'ayant de point 
Que ceux des mains pointées 
Vers le magma des chants 
Poings décrétant l'aube 
S'ouvrant sur les graines 
Aux ailes des nouveaux-nés
Arc- en -ciel des paumes 
Où gît en alerte 
La trame des chemins
D’où surgit le rêve en parchemins de vers
Haletant de vie 
Comme cette inépuisable mer des voyages
Suspendue aux lèvres des mots
Contre les maux des livres tues
Qui s’entêtent à dire à parler à crier
A se lever se relever !
Face aux bâillons les maillons de vie et d’amour 
Contre l’oubli là où l’espoir nécessaire luit !
Poème, je t’aime !
©Mokhtar El Amraoui in «Nouveaux poèmes»

vendredi 23 février 2018

NOUVELLES COULEURS

Illustration trouvée sur le Net
Nous relierons patiemment nos veines.
Et de nos sangs mélangés,
Sortiront des couleurs
Jusque-là inconnues.
Et tous unis,
Nous leur donnerons
De nouveaux noms,
Sur les rythmes des battements
D’un même coeur.

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 13 février 2018

ROSES DES BIVOUACS

Omar Delawer
pour la paix, contre toutes les formes de haine
Sauras-tu être ce pont de lumière
Où étincellera l’étoile des amis,
Pour réveiller en chant
Ce feu d’amour qui, sans cesse, en toi, luit
Mais que, toujours, hélas, tu fuis ?
Jette donc cette horrible chaîne de haine
Qui te souille, à la rouille de l’oubli !
Tu ne t’envoleras jamais, ami,
Si tu ne sais qu’être ennemi !
Sauras-tu libérer les roses des bivouacs en rires
Pour laisser les anges de l’aube fertile frémir
Et planter les champs solaires
De milliers d’arbres frères ?
Leurs racines ont soif de danses.
Chante leurs fruits en transe,
Apprends, de leurs longues nuits,
Comment offrir, à la paix, les nids
D’où s’élèveront, radieuses à la vie,
Les sèves des plus belles symphonies.
Ecoute-les dans le vent te libérer, toutes ravies,
Des épines de la haine qui te crucifient !
©Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

mercredi 7 février 2018

PARFUM DE COULEURS

Merci,grande dame des couleurs!

Pourquoi, humain, ne voudrais-tu être
Que froide et laide nuit
Alors qu’au fond de toi
Le plus beau des printemps gît ?
Laisse-le te chanter tes plus belles couleurs
Et parfumer de tes mains
Le merveilleux cours de tes heures !
Offre-toi donc tes plus beaux jardins
Que tu étouffes de tes propres mains
Qui ne savent plus, assassin,
Que tuer tous les matins,
Tout arbre, toute fleur, sur ton chemin!
Serais-tu donc né, humain,
Pour vivre dans la laideur, dans la puanteur ?
Serait-ce là, inhumain, ton destin ?
© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

mercredi 24 janvier 2018

Ciel froissé

Tableau de Felix Valloton

Je ferai de toutes tes lettres, 
Un long chemin de rêves,
Pendant mes longues heures d’insomnie 
Où les nuages multicolores miaulent de morts
Et de pluies noires qui crachent leurs agonies
En ventres flottant de sachets noirs !
La lune en haillons et cicatrices fouille les poubelles
Et croque à dents perdues,
Comme une vieille folle,
Les restes pourris d’un crâne de veau d’où s’enfuient
De timides asticots !
Le ciel froissé des fumées de la cimenterie
Vomit ses herbes de cimetière
Dans la musique d’interminables flaques d’urine
Et de longs boyaux de vaches et de moutons
Bourrés de crottes luisantes
Bouse aussi,
Paille ensanglantée,
Seules, bijoux de nuits !
Les étoiles brillent, sournoises, sonores
Comme des couteaux de braqueurs,
Sur la chair d’interminables verres chancelants
Et ta carte tirée sera, encore une fois, la dernière !
L’ex-diva de la ville se regarde
Dans le miroir de la grande surface
Auquel elle raconte son amour parti,
En dodelinant de la tête entre les rayons
Des sous-vêtements et des macaronis !
© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

dimanche 14 janvier 2018

L'emmurée


Derrière ce mur tout blanc,
Je devine la nuit de tes lèvres,
Le voyage de ton désir ligoté
Dans ta langue enflammée
Qui éclate dans le fracas
De ton appel que tu ravales,
Au creux des cris de tes supplices !
Murs ! Murs ! Murs ! Murs !
Naissance de soleils arrêtée !
Derrière ce mur tout blanc,
Dans ta nuit ambulante,
Tu deviens, impuissante,
Paquets de marbres,
Silences, peurs et soumissions !
Derrière ce mur, bien loin des arbres,
D’autres murs, sous terre,
T’enserrent, t’enterrent
Dans les spirales, tout en vaines prières,
De tes silences de momie !
Bouquets de braises endormies
Que seul le souffle de l’amour, ma belle,
Pourra rallumer en une infinité d’ailes !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 7 janvier 2018

ROSES NOIRES


Tu es là, 
Pourtant, tu ne l’es déjà plus !
L’as-tu jamais été ?
Les épines crient sous la lune.
Ma main épouse le bateau qui s’en va
Vers ses poignées de poussière
Enterrant les échos des promesses d’hier.
Les roses noires
S’essoufflent à gravir le sang du matin.
Seules nos ombres
Dessinent encore
Nos chants morts
Qui sombrent,
Dévêtus de tout leur or !
Tu es là,
Pourtant, tu ne l’es déjà plus !
L’as-tu jamais été ?
Sur mes lèvres, pour m’embrasser,
Sans lumière ni lendemain,
Vient se poser la feuille du vent
Qui arrache, en les embrasant,
Les roses noires sans parfum
De ce qui fut notre sublime jardin.

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»